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Presentation

Camille Le Houezec brouille les frontières entre les activités qui régissent le monde de l’art. La production artistique, critique et théorique, l’archivage et le curating sont autant d’outils mis à sa disposition au service d’une cartographie singulière de signes, de formes, de références et d’usages. Des éléments qu’elle puise dans le réservoir de la culture contemporaine, savante et populaire, pour ensuite les remixer. Dès lors, la pratique du display s’apparente à celle d’un geek qui « réagence » le monde de manière ludique, en fonction des informations que lui procurent les technologies dont il dispose. Camille Le Houezec détourne les cartons d’invitation qu’elle collectionne, barbouille les images des vues d’exposition prélevées sur Internet – une manière de s’attaquer au white cube en crayonnant le murs blancs qui séparent les oeuvres.

 

Il y a une esthétique indéniable chez Camille Le Houezec – acidulée, plutôt pop – en accord avec la scène artistique et musicale de Glasgow, où elle s’est établie pour travailler. Pourtant, qu’il s’agisse de l’espace réel (la galerie White Corners) ou du champ virtuel (It’s Our Playground, série d’expositions interactives qu’elle organise sur Internet avec Jocelyn Villemont), les dispositifs de Camille Le Houezec, à proprement parler, ne produisent pas de forme. Disons plutôt qu’ils génèrent des espaces de mise en réseau et de référencement. Record Store (2010), par exemple, constitue les archives de son activité sur Internet, matérialisées sous la forme de bacs de disquaire. Selon Craig Owens,  «la séparation initiale du lieu de production et de celui d’exposition aliène l’artiste de sa propre production, le réduisant à être un fournisseur de marchandises pour un marché de l’art spéculatif » (1). En travaillant l’inventaire et le display plutôt que l’objet, Camille Le Houezec amalgame le champ de la production et celui de sa diffusion afin d’expérimenter des espaces de création alternatifs.

 

Gallien Déjean

 

1. OWENS, Craig. Ç Back to the studio È, Art in America, N¡ 56, janvier 1982. P. 99-107.

 

(Catalogue du 56 ème Salon de Montrouge, 2011.)

 

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Camille Le Houezec développe une pratique qui interroge le medium de l’exposition en tant que forme artistique à part entière. Elle en expérimente le format, la fabrication, le statut, les stratégies ou encore les différentes typologies. Afin d’en faire l’expérience à échelle 1, elle fonde avec Jocelyn Villemont, la galerie White Corners (2009-2010), à Bourges dans les murs de l’Ecole d’art où elle étudie alors. En lieu et place d’atelier, cet espace expérimental de 25m2 est à mi-chemin entre la project room et l’artist-run space. Les projets qu’elle y réalise réinvestissent avec liberté aussi bien la notion d’auteur que le statut hybride d’artiste-curateur tant débattus ces dernières années. 

 

Car en tant qu’artiste, Camille Le Houezec peut concevoir des sculptures, des installations, et dans une même logique, inviter des artistes à produire une forme (collective) dont elle est initiatrice. Qui fait quoi ? L’exposition peut-elle faire oeuvre ? Les différentes propositions de Camille Le Houezec reposent principalement sur la collaboration, l’expérience et une approche plastique du display. Elle travaille en effet régulièrement avec Jocelyn Villemont sous le nom de It’s Our Playground (IOP), faisant de l’idée du terrain de jeu, un lieu de recherches et de réalisations communes. 

 

En appliquant cette méthode collaborative à la conception de ses pièces et plus largement de l’exposition, elle cherche et provoque les points de rencontre et d’associations possibles ou improbables entre des artistes, des pratiques, des oeuvres ou des références qui pourraient produire dans un espace donné une forme, du sens ou une lecture nouvelle. Surgissent alors des objets composites : des bacs de disques pour archives artistiques (Record Store, 2010) ; des sculptures-inventaires ou encore une bibliothèque fainéante (Lazy Library, 2010) qui présente une sélection d’ouvrages reproduits en bois pyrogravé, des fac-similés impossibles à lire qui font des livres choisis aussi bien des fantômes que des promesses de lecture, et dessinent avec humour les préoccupations littéraires et théoriques de l’artiste. 

 

Enfin dans cette perspective, elle utilise l’espace du site web www.itsourplayground.com afin de « curater » des expositions en ligne - des expositions d’anticipations qui bien souvent s’affranchissent des contraintes du réel. 

 

 Elfi Turpin, 2010. 

 

(Catalogue Première 2010, CAC Meymac.)